Etat des lieux et perspectives de la Démographie Médicale en France
Cet article se base sur les données du Conseil National de l’Ordre des Médecins (CNOM), de l’Observatoire National de la Démographie et des Professions de Santé, de la Direction de la Recherche, des Etudes, de l’Evaluation et des Statistiques (DREES) et de la Caisse Nationale d’Assurance Maladie.
C’est désormais quelque chose de connu et d’acté, la démographie médicale va chuter et atteindre un seuil critique dans les années à venir. Les causes sont relativement bien connues (Numerus Clausus très réduit dans les années 90 n’ayant pas permis le renouvellement des médecins, féminisation, changement des mentalités, vieillissement de la population générale et médicale ….). Cet article a pour but de vous donner une vision plus précise de la situation actuelle et à venir en termes de chiffres et de répartition territoriale. Ce qui nous permettra d’aborder les perspectives pour les années à venir.
Etat des lieux
Au premier Janvier 2009, on dénombre 199 736 médecins en activité régulière, soit 2% de moins qu’en 2008.
Entre 2008 et 2009, les médecins âgés de moins de 49 ans ont diminués de 12,13%. La tranche d’âge des plus de 60 ans augmente pour sa part ses effectifs de 52,59%. Ces chiffres illustrent bien le glissement de la population médicale dans les classes d’âges et posent le problème du renouvellement des générations. Cette prédominance des médecins plus âgés dans les effectifs de la profession se visualise également très bien sur la pyramide des âges (graphique n°1).
Sur les quelques 200 000 médecins recensés, 36 000 ont plus de 60 ans et plus de 78 000 sont âgés de plus de 55 ans. Soit près de 40% des effectifs qui sont susceptibles de partir à la retraite dans les 10 ans à venir.

Les médecins sont donc en nombre insuffisant. Mais ils sont également assez mal répartis sur le territoire. Si toutes les régions (ou presque) perdent des médecins au vu du nombre de départs à la retraite (carte n°1), certaines ont une densité médicale plus basse que les autres. Ce qui peut poser problème dans l’accès aux soins de la population concernée.
Perspectives :
Renouvellement des générations
Les perspectives sont basées sur les effectifs et les capacités de formation.
Le Numerus Clausus est désormais bloqué à 7400. Sur la base du NC correspondant, ce sont 33 000 internes qui sortiront de formation sur les 5 années à venir. Ce qui couvre en théorie les départs à la retraite des plus de 60 ans. Il faut cependant prendre en compte les fuites vers d’autres professions que celle pour laquelle les étudiants sont diplômés.
La forte augmentation des années passées aboutit à une augmentation importante du nombre d’étudiants en formation. En 2015, on comptera au moins 36 000 internes de plus qu’à l’heure actuelle. Or les capacités de formation (basées sur la disponibilité de seniors) vont diminuer du fait du départ à la retraite d’un grand nombre d’entre eux.
Cette situation va inexorablement faire tendre vers une diminution du nombre d’enseignants par étudiant. Il est donc temps d’étudier de nouvelles options pour former ces derniers. Le développement des stages chez le praticien (en médecine générale à l’heure actuelle mais pourquoi pas dans d’autres spécialités) et l’ouverture des stages d’internes dans le privé sont des éléments importants dans cette réflexion, éléments qui vont devoir être étudiés et programmés d’un point de vue pédagogique.

Disparité régionale
La répartition des postes d’internes, le développement de nouveaux modes d’exercice et de moyens logistiques facilitant l’exercice quotidien des médecins doivent être pris en compte.
La majorité des internes s’installent là où ils ont effectué leur troisième cycle. Cependant, la répartition des postes d’internes ne peut s’appuyer que sur la seule densité médicale pour déterminer le nombre d’internes à former par région. Les disparités de densité médicale s’expriment en effet à un niveau infra-régional (carte n°2) et nécessitent d’autres moyens afin d’être comblées. La plupart du temps, des incitations financières ne sont pas adaptées à la demande des jeunes médecins. Ce sont des possibilités de regroupement, d’aide administrative qui leur permettront d’exercer et de répondre à la demande des patients de manière otpimale.
En conclusion, la partie sera serrée et les contraintes d’exercice lourdes pour pallier aux erreurs d’il y a vingt ans. Mais la partie n’est pas perdue si l’investissement de tous (instances, actuels et futurs professionnels …) est suffisant.
Marie Peltier (D2 Rouen)
VP démographie médicale de l’ANEMF
marie.peltier@anemf.org
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