Les études de médecine en Espagne

Le niveau de la médecine hispanique a été classé à la 7ème place au monde (derrière la France 1ère, l’Italie, Saint Marin, Andorre, Malte et Singapour) par l’OMS dans un rapport publié en l’an 2000 sur l’évaluation des niveaux des systèmes de soins où sont analysés la performance et la qualité de la protection sociale. Mais qu’en est-il des études de Médecine proprement dites? Comment sont-elles vécues par les étudiants et quels problèmes y retrouve-t-on ?



Déroulement des études :


Une chose est sûre : c’est qu’avec l’harmonisation européenne, les différences de dispositif éducatif entre les pays de l’Union sont de plus en plus négligeables, mais on retrouve quand même des spécificités ibériques…

Tout d’abord la durée des études est la même : 6 ans pour la première partie elle-même sous-divisée en deux cycles d’une durée de trois ans chacun: un très théorique à la fac et un autre plus pratique à l’hôpital ; la deuxième partie des études est comparable à l’internat en France avec une durée variable de 2 à 6 ans selon la spécialisation envisagée.

Accès aux études de Médecine :


Contrairement à la France où l’accès à la faculté est autorisé pour tout possesseur du baccalauréat, en Espagne, le Bac prend la forme d’un concours pour l’accès aux études supérieures, quelle que soit la filière choisie (droit, sciences, économie, ingénierie, médecine,…) exception faite pour les universités privées qui possèdent des concours internes.

Ainsi, il prend un nom plus qu’évocateur : " la Sélectividad" ou sélection, célèbre mot très usité dans nos chers amphis de P1… En effet, après 3 années de lycée, sanctionnées par un diplôme : le Bachillerato ou " petit bac " (correspondant au niveau de la classe de première), les espagnols entrent en Terminale, anciennement nommée COU, soit Curso de Orientacion Universitoria (nom très parlant…), pour préparer la Selectividad ou Bachillero, équivalent de notre bac. Ce concours est national, prend en compte à environ 60% les résultats des années lycées (ou " Instituto ") et en fonction de la série du bac (qui se choisit dès le Bachillerato) et des notes obtenues (60% lycée + 40% sélectividad ), les lycéens choisissent une filière et une ville avec des notes minimales requises, variant bien évidemment en conséquence de ces deux paramètres. Soit pour faire Médecine, il faut obtenir entre 7,5/10 minimum en province et 8,5/10 minimum à Madrid ou Barcelone. En bref, les étudiants bossent déjà énormément pendant le lycée pour être le mieux classé possible ou alors redoublent cette véritable année de prépa (une ou plusieurs fois) pour obtenir les filières très demandées (Médecine et ingénierie sont réputées comme étant les plus difficiles). Le système ne tient pas compte de la province d’origine et bien sûr tout est en places limitées ; l’Espagne aime les Numerus Clausus (cf plus bas). Cependant les réformes à venir devraient changer ce système en laissant la liberté à chaque faculté de choisir le mode de sélection des étudiants pour leur entrée.




Ensuite peuvent se poursuivre les cours dans la faculté tant désirée :



PCEM :


Les trois premières années sont réservées à l’enseignement, en cours magistraux, des matières fondamentales comme l’anatomie, la biochimie, la microbiologie, la physiologie, la pharmacologie… avec un programme tout aussi complet que le programme français voire plus, où l’on se doit de connaître par cœur des formules chimiques et les réactions de thermodynamiques si utiles aux années supérieures (sic); la sémiologie ne fait son apparition qu’en troisième année dans l’enseignement dit de pathologie générale où sont récapitulés pour 70% les acquis de physiologie pour un volume horaire annuel d’environ 100h, soit un volume horaire inférieur à celui du système français. Des séances d’ED et de TP sont organisées à hauteur de 40% des cours mais il n’y a pas ou peu de stage à l’hôpital (cela dépend des facultés) avant la 4ème année.



DCEM :


La deuxième période est consacrée à l’étude des pathologies humaines et de ses signes chaque matinée de la semaine : lors des stages à hauteur de quelques heures à l’hôpital et lors des cours pendant le reste de la matinée qui, il faut le dire, se finit à 15 heures en Espagne (non-stop, juste une pause de 15 minutes ou descanso vers 11 heures). Les enseignements se font par blocs : Médecine 1, 2 et 3, Chirurgie 1, 2 et 3, psychiatrie, radiologie, santé publique… et d’autres matières plus originales comme l’histoire de la médecine. Le contenu des blocs ressemble énormément à celui des anciens modules du DCEM français (ophtalmologie, pédiatrie, cardiologie, gastro,…), cependant les modalités d’enseignement se font par cours magistraux en amphis, vides bien souvent avec l’effet des Ronéos. Les enseignements cliniques sont de bonne qualité, avec de bons moyens dans des services de renommée et sont dispensés par les internes ou les PHs. Les étudiants n’ont toutefois qu’un rôle assez passif mais ne touchent à aucun moment ni indemnisation, ni salaire, malgré les gardes et astreintes !



Examens :


Il y a des partiels dans toutes les facs à des dates variables mais ils sont facultatifs et arrivent en plein milieu des cours (aucune période de révision). Ils nécessitent une note mini- male " validante ", supérieure à la moyenne (6 ou 7/10) pour éliminer la partie de la matière correspondante. Ceux qui l’obtiennent passeront alors seulement la deuxième partie de la discipline aux examens finaux, en juin. Pour les étudiants qui ne se seraient pas présentés ou ceux ayant eu une note inférieure à la moyenne aux partiels, ils passeront le

programme entier de la discipline en juin avec pour valider ces examens finaux, un minimum de 5/10 nécessaire. Les étudiants ayant obtenu aux partiels une note supérieure à la moyenne mais inférieure à la note validante doivent quand même passer ces examens terminaux avec cependant une certaine indulgence des professeurs. La docimologie est en majorité faite de QCMs (avec points négatifs pour résultats erronés) mais aussi d’oraux ou de questions courtes.



Matriculacion :


On retrouve une originalité espagnole dans le système de la " Matriculacion " ou inscription qui propose de s’inscrire chaque année pour des matières précises et non pas pour une année d’études entière, ainsi l’étudiant choisit ses matières en début d’année et doit satisfaire aux examens pour passer en année supérieure et avoir l’autorisation de s’inscrire dans d’autres disciplines. Mais s’il a échoué à une matière ou plus (après une session de rattrapages de septembre), il a la possibilité de passer en année supérieure et de rattraper ou non cette matière à la place d’une autre (en fonction de son emploi du temps et de ses capacités de travail). On retrouve donc par exemple des étudiants de cinquième année qui passent plus de matières de troisième année (pharmacologie, anat path et microbiologie) que celles de cinquième (ophtalmo et gynéco) et ils sont bien en 5ème année ! On dit alors ironiquement d’eux qu’ils sont en " 5ème Factorielle ". En fait, cela fonctionne par système de crédits avec un minimum de crédits pour passer et chaque discipline a une valeur différente en crédits ainsi elles doivent toutes être validées mais l’année de validation n’a pas d’importance ; cela a juste une incidence en cas d’échec aux examens, sur les frais d’inscription et les bourses d’études qui seront d’autant modifiées que de matières échouées. D’ailleurs, le règlement des frais de scolarité se fait en fonction des disciplines présentées (environ 10 €par crédit) pour un total d’environ 80-90 crédits par an, sachant qu’il existe des différences entre les facultés (Madrid et Barcelone sont plus coûteuses) et deux facultés privées (à Madrid et en Navarre) dont les frais de scolarité sont beaucoup plus élevés.



Folklore :


Pour ce qui est de l’ambiance et de l’esprit qui règnent dans les facs de Médecine espagnoles, leur système a une influence énorme sur le travail des étudiants: seuls arrivent en fac des étudiants studieux et sérieux avec de bonnes méthodes de travail acquises au cours d’années stressantes de lycée de par la selectividad, mais leur est imposé alors leur système de partiels au milieu des cours. Ainsi, les amphis sont déserts (moins de 20%), les BU remplies et l’esprit carabin presque inexistant, bien sûr la faluche bien française, n’existe pas mais on retrouve cependant la "Tuna " qui pourrait s’y apparenter mais ils sont en fait des chanteurs et joueurs de musique, déguisés comme au moyen-âge et "qui aiment chanter sous les fenêtres des filles " (dixit un espagnol). Les corpos sont peu fréquentées sauf pour les échanges IFMSA qui sont très développés car la meilleure manière pour aller à l’hôpital, (de plus à l’étranger !), et à part deux soirées par an (avec paella, cerveza et calimotcho s’il vous plaît !) et une journée d’intégration, l’esprit des étudiants en Médecine n’est pas vraiment de faire la fiesta entre eux…



MIR :


Il s’agit du problème majeur pour les espagnols, il existe un examen au bout des 6 premières années de Médecine : le MIR ou Medico Interno Residente! Il est extrêmement difficile car il tient compte des résultats à la faculté pour 25% de la note et consiste en 260 QCMs à faire en 5 heures (75% de la note). En 1996, en vertu avec l’harmonisation européenne, un examen sanctionnant le niveau Bac+6 a été instauré, et alors qu’il existait déjà un concours pour l’Internat de spécialité, il a été décidé, pour lutter contre le chômage des médecins qui sévit en Espagne, d’introduire en plus, un concours similaire pour la médecine générale. Il prit la forme d’un concours national validant et non d’un examen national classant (comme en France) avec, ici, un Numerus Clausus qui se veut plus sévère d’année en année! Ainsi, alors que les étudiants subissent déjà une sélection en entrant en première année avec des effectifs limités, le nombre de places disponibles en première année d’Internat (de médecine générale et de spécialité) est INFERIEUR à celui d’étudiants en sixième année avec environ 5000 places pour 6500 étudiants et l’hémorragie ne fait que s’amplifier car il n’existe pas de limitations du nombre de présentation au concours, ainsi ceux ayant échoué se représentent en bachotant encore et toujours plus… On se retrouve aujourd’hui avec des effectifs impressionnants de 11000 candidats pour près de 5000 places (5244 en 2002), en effet qui accepterait d’arrêter ses études après 6 années dans le supérieur qui ne correspondent à aucun diplôme ? (d’où le slogan des représentants étudiants : 6=0, qui est une réalité !) Malheureusement, ces derniers ne sont pas entendus et ont du mal à mobiliser les troupes ( 800 manifestants lors d’un rassemblement national !), car elles sont usées et " celui qui manifeste est une personne qui travaille moins ; donc une place à prendre au concours ", voici à quelle logique sont réduits les étudiants du deuxième cycle d’études médicales, en plus de dépenser des fortunes dans des cours privés de préparation au MIR (le plus réputé étant l’Académie d’Oviedo) et alors quand à fréquenter les corpos…!

C’est pour cela que l’ANEMF se bat tous les jours auprès de vous : pour ne pas arriver à de tels résultats, et elle restera vigilante quant à l’application des réformes de l’Internat français.



Voilà un petit tour d’horizon des études de Médecine en Espagne qui comme vous le voyez ne sont vraiment pas à envier mais arrivent quand même à former des médecins très performants. Vous pourrez vous en rendre compte en réalisant un échange IFMSA ( 4000 participants espagnols par an !) qui permettra de profiter d’un système médical de grande qualité sous le soleil avec un accueil particulièrement chaleureux pour les " franchutes " qui possèdent d’ailleurs là-bas d’une excellente réputation quand à notre qualité de

Médecins.




Laurent GILARDIN, Lille CATHO