La fin du DCEM à l’étranger

Les ECN sont au centre des discussions actuelles. Les limites de cet examen se font sentir, du côté des étudiants comme des enseignants, et des critères de sélection viciés sont pointés du doigt. Pour réfléchir aux modalités d’une réforme qui s’annonce aussi compliquée que nécessaire, pourquoi ne pas aller voir comment sont formés les médecins ailleurs dans le monde ? Tour d’horizon des équivalents des ECN à l’étranger…



L’Espagne : un ECN en QCM


A ceux qui pensaient que le fait de classer les étudiants par ordre de mérite était une habitude bien française, détrompez-vous. Les étudiants espagnols reçoivent le titre de « Licenciado en Medicina y Cirurgica » au bout de six ans d’études, mais s’ils veulent pouvoir travailler en tant que médecin ou pratiquer une spécialité, ils doivent alors affronter le redoutable « Medico Interno Residente », qui est un examen de 250 QCM, et qui offre chaque année environ 5000 places pour 18 000 participants. Contrairement aux ECN, les résultats de cet examen ne sont qu’en partie responsables du classement des étudiants, car l’ensemble des notes obtenues durant le cursus est également pris en compte. De plus, comme il y plus de postulants que de postes, il est possible de passer cet examen autant de fois que souhaité.



Suisse et Allemagne : deux systèmes, zéro classement


Il y a des pays où la formation médicale ne passe par aucun concours, c’est le cas de l’Allemagne et de la Suisse. Les études dans ces deux pays voisins se ressemblent sur plusieurs points : elles durent 6 ans pour l’apprentissage général, entre la théorie des cours et la pratique des stages. Chaque année se solde par un examen qu’il faut réussir pour passer à l’année suivante. En Allemagne, l’examen de la deuxième année est le plus important, le Physikum : si l’étudiant échoue à cet examen, il est exclut des études médicales. Les examens des autres années peuvent être passés au maximum trois fois. En Suisse chaque examen peut être redoublé une fois, il faut avoir 4/6 pour valider (là-bas les notes sont sur 6 et non sur 20 !) ; environ 10% des étudiants sont recalés par année.

La validation de l’examen de fin d’étude, qui en Suisse se déroule sur un an avec dix examens oraux et cinq examens en QCM, donne accès au poste d’interne. C’est à l’étudiant de trouver un poste en hôpital où il effectuera sa spécialisation. Il est de son ressort d’établir des contacts durant ses stages d’externe pour se faire connaître des services et trouver son futur lieu de formation.



Les Collèges Royaux du Royaume-Uni


Outre-manche, les études générales durent 5 ans, au bout duquel l’étudiant doit trouver un poste en hôpital pour faire sa spécialisation. Selon son objectif, il va se plier aux critères de sélection de chaque Collège Royal, un par spécialité (dont la médecine générale). Il postule comme pour une demande d’emploi, il est jugé sur sa personnalité, mais le dossier scolaire est également très important. La formation dure de 3 à 8 ans, et il faut réussir les examens propres à chaque spécialité pour être accepté dans le Collège Royal de Chirurgie, de Gynécologie, de Psychiatrie, etc… L’examen est théorique mais juge également beaucoup sur la pratique, avec de multiples entretiens, et entre autres des consultations filmées et commentées.



Le cas particulier de la Belgique


Les études de médecine en Belgique durent 7 ans de théorie et de stage. Pour accéder à une spécialisation, appelé « master complémentaire », l’étudiant doit présenter sa candidature dans l’institution universitaire qui gère cette spécialité. Les étudiants sont classés selon une note obtenue comme suit :

  • Résultats académiques des années de 2e cycle : 50% de la note finale.

    Ces résultats comprennent les notes obtenues en stage. Chaque année redoublée fait perdre un certain nombre de points, variable entre les différentes universités belges.

    • Résultats des enseignements de 2e cycle directement liés au grade académique de 3e cycle visé : 25% de la note.
    • Evaluation des capacités et motivations spécifiques de l’étudiant : 25% de la note.


Cette évaluation se base sur le C.V. de l’étudiant, des entretiens avec un jury, et un examen (ou non) selon la spécialité.

La loterie néerlandaise


La situation aux Pays-Bas suscite beaucoup de curiosité de la part des étudiants des autres pays, en effet il s’agit du seul pays au monde qui sélectionne les étudiants de P1 par le biais d’un tirage au sort. Cette sélection se fait pour l’entrée dans les études médicales, il s’agit d’une loterie pondérée qui prend en compte les résultats de l’examen national du lycée. Les étudiants qui ont obtenu une note supérieure à 8/10 sont exempts de ce tirage au sort et sont admis directement à l’université. Les universités excentrées par rapport aux grandes villes proposent une admission uniquement sur examens. Une particularité des universités néerlandaises est qu’elles ont des objectifs de formations à respecter, définis au niveau national. Elles sont évaluées tous les 4 à 6 ans, et si une université obtient de trop mauvais résultats, l’organisation de son enseignement est réformée.

Aux Pays-Bas les étudiants terminent leurs études s’ils ont validé tous leurs modules. Ils peuvent alors pratiquer en hôpital, mais ne peuvent pas ouvrir de cabinet. Pour être médecin généraliste ou spécialiste à son compte, il faut faire une formation plus poussée, encadré par un senior. Le poste est pourvu après un entretien, et les étudiants sont bien plus sélectionnés sur leur personnalité plutôt que sur leurs résultats aux examens.




Il y a au moins autant de systèmes d’études médicales qu’il y a de pays sur la planète, même si aucun n’est véritablement parfait. Partout les modes de sélection sont soumis aux critiques des étudiants, aux volontés des professeurs, aux décisions ministérielles ainsi qu’aux impératifs sanitaires et budgétaires du pays.

Se pencher sur l’organisation des études à l’étranger peut être utile pour remettre en question notre système actuel. S’il parait difficile de mettre en place un système de sélection qui convienne à l’ensemble des acteurs du système de santé, se pencher sur l’organisation des études à l’étranger peut être une source de pistes à exploiter pour envisager une alternative aux actuels ECN.



Victoria Lanvin

DCEM1 Lyon Laennec