Démographie médicale : la catastrophe annoncée

L’Association Nationale des Etudiants en Médecine de France (ANEMF), membre de la FAGE, ballottée depuis quelques temps de rendez-vous en rendez-vous, a enfin obtenu hier des signes plutôt concrets d’avancées concernant ses revendications.
L’ANEMF se réjouit que les Ministères décident enfin d’inscrire la procédure de choix par « amphithéâtre de garnison » dans un arrêté, lui conférant, nous l’espérons un caractère définitif, et pas seulement pour 2005. Il faut remercier également le Ministère de l’Education qui active la mise en place du stage chez le médecin généraliste, premier pas vers la revalorisation de la profession, ainsi que la constitution de groupes de travail sur les modalités de redoublement des 6ème années.
 
Néanmoins les discussions achoppent toujours sur la répartition des postes d’internes. Si le Ministère de la Santé persiste dans son entêtement d’ouvrir 4800 postes avec une proportion 50% de médecins généralistes et 50% de spécialistes, la France se dirige tout droit vers une catastrophe démographique sans précédent.
Aujourd’hui, la démographie médicale rencontre deux problèmes. Un quantitatif, le nombre de médecins diminuant rapidement et touchant en priorité les spécialistes avant les généralistes ; et un qualitatif concernant la répartition des praticiens sur le territoire.
En offrant une répartition 50%-50%, on impose une diminution brusque des spécialistes qui seront moins nombreux à être formés, et une augmentation brutale des médecins généralistes qui seront mal ou pas formés, puisqu’il n’y a pas suffisamment de moyens humains et financiers pour faire face à 2400 postes. Ces médecins généralistes en formation se tourneront alors vers d’autres pratiques, d’autres diplômes, diminuant ainsi le pool de ces médecins de premiers recours.
Par ailleurs, le nombre d’inscrits pour passer l’internat est définitivement de 4489. 4489 versus 4800, plus de postes que de candidats, un delta de 321. Au vue des années précédentes, il est facile de comprendre que des postes ne seront pas pourvus : essentiellement des postes de médecine générale, géographiquement situés dans des zones déficitaires (le soleil attire toujours plus que la campagne).
La France va donc se retrouver dans un marasme sans précédent, avec de moins en moins de médecins, de plus en plus mal répartis sur le territoire. Les médecins généralistes sont de plus les grands perdants de l’histoire, puisqu’ils vont voir leurs conditions de travail ainsi que la pénibilité de leur exercice augmenter. Pour un Ministre qui se targue de vouloir revaloriser la médecine générale, le paradoxe est quand même inquiétant.
 
L’ANEMF exige donc, comme depuis deux moi maintenant, que soit revue cette répartition pour le moins dangereuse. Il faut que 4489 postes et pas un de plus soient ouverts, qu’ils soient répartis intelligemment sur le territoire, et que l’offre soit pragmatique dans sa proportion entre médecine générale et autres spécialités. Les différents rapports de démographie médicale (dont des missions ministérielles) sur lesquels s’est basé l’ANEMF, s’accordent pour dire qu’une répartition de départ à 56%-44% en faveur des spécialités, avec évolution progressive sur la décennie vers les 50%-50% et évaluation régulière pluriannuelle, permettrait de faire face à la pénurie annoncée.
 
La mobilisation ne se relâche pas, de nombreux étudiants ayant déjà signé leur lettre d’expatriation vers un pays étranger de l’Union Européenne
Les décideurs ont suffisamment joué avec le numerus clausus en première année, pour créer la situation dans laquelle nous sommes aujourd’hui ; ne les laissons pas recommencer avec les postes d’internes…