Faut-il réformer les ECN ?
Alors que les ECN fêteront leurs 6 ans cette année, tout le monde s’accorde pour dire que ce système de concours d’entrée au troisième cycle ne convient pas.
L’objectif premier de leur création était de faire de la médecine générale une spécialité à part entière.
En effet, la médecine générale, qui était en retrait il y a quelques années, a bien obtenu ce titre. Mais quels changements en pratique ?
A-t-on plus besoin des ECN pour développer les stages chez le praticien ou d’une filière universitaire de médecine générale ?
Entre les 600 redoublants en 2009 et le nombre de villes qui ne couvrent pas les trois-quarts de leurs postes ouverts, il convient de se demander si ce système est efficace et si la seule augmentation du nombre de postes d’internes de médecine générale permettra de couvrir les besoins démographiques.
Un point positif des ECN fût la mise en place d’un programme national commun à tous qui a permis de réduire l’écart entre les étudiants. Alors qu’auparavant seuls les candidats au concours de l’internat travaillaient sur un même programme, les ECN ont permis l’uniformisation du programme dans les facultés. Mais là encore, le système atteint ses limites comme en témoigne le Doyen Dominique Perrotin de la faculté classée première aux ECN en 2008, Tours : « Plus on se bat pour une pédagogie active et forte de la faculté, moins on a de bons résultats aux ECN. »
Les étudiants en sont conscients aussi, « Niveau pédagogie, ce classement des facs a eu un effet pervers catastrophique sur nos promos. Arrivé en D3 D4, des lettres officielles arrivent dans les services pour que l’on laisse les étudiants bachoter au lieu d’aller en stage. A la visite on nous demande de répondre à des questions bêtement. Ça fait peur. » confie une étudiante de DCEM2.
Alors que l’arrivée des cas cliniques aurait du permettre la ré-intervention des stages dans le concours de l’internat, la notation au mot clé a eu un effet plus que délétère sur la formation des futurs médecins. Là où l’on pensait que la présence et l’investissement en stage seraient des facteurs de réussite aux ECN, le bachotage a pris les devants : beaucoup d’étudiants ne vont plus en stage et dépensent beaucoup dans des conférences privées préparant aux ECN.
La méthodologie se joue sur la mémorisation de tiroirs permettant d’obtenir le maximum de points sur des « questions types ». Répondre de façon systématique par des mots clés dont parfois l’étudiant ne connaît même pas la signification pratique.
Comment concevoir qu’une phrase apprise par cœur telle que « Bi-antibiothérapie (4 pts) bactéricide (3 pts) probabiliste adaptée aux germes, secondairement adaptée à l’antibiogramme (3 pts) » vaudra plus de points que le nom de l’antibiotique en lui-même ? Avec un tel système, un étudiant qui « tue un patient » dans un cas clinique pourra avoir la moyenne dans un dossier.
Le classement n’est pas révélateur des capacités de l’étudiant à être un bon médecin.
« En deuxième cycle, les étudiants recherchent une rentabilité maximale de leur temps, en vue de préparer au mieux les ECN. Beaucoup d’étudiants font la part belle au bachotage plutôt que de s’investir en stage. La majorité des DCEM4 estiment ne pas être assez préparé pour devenir interne. » témoigne un interne.
3 ans de bachotage, 9 dossiers, 100 points, 6000 étudiants, 95% d’ex-aequos, les ECN classent, mais comment ? Ces épreuves ne sont pas discriminantes mais décident de l’avenir des futurs médecins.
Alors que le choix de la spécialité devrait être le résultat d’une réflexion de la part de l’étudiant, la plupart se voient faire un choix par défaut faute d’un classement insuffisant du à quelques « mots-clés ». Cette étape est capitale, trop de médecins se retrouvent frustrés dans leur exercice suite à un mauvais choix.
Des propositions ont déjà été faites : revoir la docimologie, augmenter le nombre de dossiers, faire un concours inter-régional et non plus national, sélectionner dans la spécialité à partir des compétences dans la spécialité...
Et si nous allions voir ce qu’il se passe ailleurs ?
La France est un des seuls pays à avoir un concours à l’entrée du troisième cycle. Que font nos voisins ? Peut-on être sûrs que leur système est moins bon avant d’avoir regardé ce qu’il s’y passait ?
Des sélections sur dossier aux examens par spécialité, tous ont leurs avantages et leurs inconvénients, mais la question mérite d’être posée.
« Si les étudiants sont prêts à envisager la suppression des ECN nous sommes prêts à travailler tous ensemble pour trouver un autre système respectant le principe d’équité et le choix au mérite » ont déclaré les conseillers du Ministère de la Santé et de l’Enseignement Supérieur.
Le temps est venu pour nous tous d’engager une réflexion sérieuse à ce sujet. L’ANEMF se veut motrice de ce travail et a besoin de votre avis, vos propositions.
Le 13 avril 2009
Célia Chiron
Vice-présidente en charge des études médicales à l’ANEMF
Article d’ouverture : la fin du DCEM à l’étranger (par Victoria Lanvin)
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