Le compagnonnage en médecine : « à la recherche du temps perdu »

On parle de plus en plus, dans les années à venir, d’une pénurie de médecins. On se félicite, de droite à gauche, de l’augmentation du numerus clausus, permettant de majorer le nombre de médecins en formation. Mais pense-t-on aux nécessités et aux conséquences de cette augmentation, tardive, mais cependant nécessaire et réclamée ?

L’ANEMF (association nationale des étudiants en médecine de France), membre de la FAGE, et représentative des 60 000 étudiants en médecine en France, réclame depuis longtemps cette augmentation, mais réclame aussi toutes les modifications qui doivent l’accompagner. Il est maladroit de penser au numerus clausus dans sa seule dimension mathématique, il faut aussi penser qu’il va falloir former ces étudiants supplémentaires, et que ces étudiants vont devoir s’installer. Il ne faut pas que la qualité de la formation souffre d’une augmentation de la quantité de médecins à former, ces deux variables doivent être prises en compte de concert.

Aujourd’hui, c’est 5600 étudiants qui pourront poursuivre en deuxième année, contre 3200 en 1992. Pourtant, ce sont entre 7000 et 9000 départs en retraite qui sont annoncés pour chaque année à venir, l’augmentation n’est pas encore suffisante. Mais malheureusement, les facultés et les hôpitaux n’ont de toute façon pas les moyens d’accueillir tant d’étudiants, il faut absolument les y aider !

La formation des étudiants se joue au sein de nos centres hospitaliers et universitaires, qui depuis 1958, devraient être le fleuron du système de santé français, lieux de soins, de recherche et d’enseignement. L’activité des CHU a glissé avec le temps vers les soins de premier recours, faisant perdre ainsi aux CHU leur caractère de pôle d’excellence. La demande de soins a augmenté, l’offre a diminué, les enseignants, qui sont au quotidien avant tout de vrais praticiens, ont pallié le manque de bras aux dépens de leurs activités universitaires que sont la recherche et l’enseignement. Le nombre d’étudiants augmente, mais le nombre d’enseignants et de terrains de formation va diminuer ! Les études médicales étaient fondées sur une relation de compagnonnage entre les " patrons " et les étudiants ; faute de temps, cette relation intense s’est altérée, faisant perdre à la formation " les mains dans le cambouis ", son attractivité et son efficacité. Il est nécessaire de rétablir cette interaction entre les étudiants et leurs professeurs, sinon, qui va nous former ?

Il faut donc réfléchir, parallèlement à l’augmentation du numerus clausus, à la qualité de la formation des futurs médecins, et à la qualité de leur future pratique. A ce titre, l’ANEMF continuera de s’opposer fermement à toute mesure visant à contraindre l’installation des médecins. Ce n’est plus aux étudiants de payer les erreurs commises, même si nous sommes tous conscients et concernés par le problème que pose la répartition inégale de l’offre de soins sur le territoire. Nous n’avons pas non plus à payer l’apparition de spécialités désertées, en nous contraignant à exercer des carrières que nous n’avons pas choisies. Il faut laisser la place à la vocation, la médecine ne doit pas devenir un sacerdoce ! Ces deux difficultés doivent appeler un travail de fond et des solutions. L’ANEMF s’attache à ses problématiques et prépare des propositions qui serviront la Santé Publique sans pénaliser le médecin.