Le don de soi, état des lieux en avril 2009
Avril 2009
La situation en France
Le don de soi est une expression générique qui englobe le don de sang total, le don de plasma et le don de plaquettes mais aussi le don de moelle osseuse.
En moyenne, en France, 500 000 personnes reçoivent chaque année une transfusion sanguine. L’Établissement Français du Sang (EFS) prélève et distribue 2,2 millions de poches de sang par an et accueille 1,5 million de donneurs soit seulement 4 % de la population en âge de donner. Le nombre moyen de dons par an et par donneur est de 1,6, il en faudrait 2. Sur ce total de dons annuels, 90 % sont des dons de sang et 10 % sont des prélèvements de plaquettes ou de plasma par aphérèse. Environ 2,3 millions de dons par an sont nécessaires en France, en 2007 les besoins en sang sont passés de 8000 poches à 8800 poches par jour à cause du vieillissement de la population.
Pour la moelle osseuse on dénombre 154 690 personnes inscrites sur le fichier national des donneurs (il y a 13 millions de donneurs dans le monde). Actuellement, ce fichier souffre d’un certain déséquilibre : plus de femmes (61.5%) que d’hommes. Il y a eu 186 dons réalisés en France (127 pour des patients nationaux, 59 pour des patients internationaux). Par ailleurs, il y a eu 438 donneurs internationaux prélevés pour des patients nationaux.
Le fichier est international, il est un formidable exemple de fraternité car le donneur peut aider un receveur quelle que soit son origine géographique.
Les différents types de dons
Le donneur peut choisir le type du don : don de sang total, don de plaquettes, de plasma ou de moelle. Les équipes de l’EFS peuvent toutefois l’orienter vers un don en particulier en fonction de son groupe sanguin, de son taux d’hémoglobine, de son taux de plaquettes, de la qualité de ses veines, etc…
Le don de sang total
Une poche de sang est prélevée au donneur. Elle est traitée par la suite afin de séparer le sang en ses différents composants. La durée du prélèvement est habituellement entre 5 et 15 minutes.
Le don de plasma
On utilise ce plasma comme thérapie de maladies particulières, et c’est toujours par ce moyen que le donneur de sang donne du plasma seul, en gardant ses globules rouges et ses thrombocytes qui sont remis dans son appareil circulatoire (jusqu’à deux fois par mois). Le plasma est surtout utilisé pour soigner les grands brûlés.
Une autre utilisation importante de la plasmaphérèse est la thérapie des maladies auto-immunes.
Le don de plaquettes
On utilise surtout les plaquettes chez les personnes ayant des leucémies ou des maladies auto-immunes.
Le don de moelle osseuse
Il est utilisé pour soigner les patients atteints de certaines pathologies nécessitant un remplacement de moelle osseuse comme par exemple les patients atteints de leucémie.
La difficulté du don de moelle réside dans le système HLA qui oblige à une concordance minimale élevée entre le donneur et le receveur d’où l’intérêt d’avoir un fichier international afin que le « catalogue » des donneurs HLA soit d’autant plus grand !
Conditions préalables au don
Lorsqu’un donneur arrive à un centre de don de sang, celui-ci remplit typiquement un formulaire de consentement et répond à un petit questionnaire médical pour voir s’il ferai un donneur adéquat. Les questions peuvent impliquer son âge, son poids, son dernier don de sang, son état actuel de santé, et divers facteurs de risque comme les tatouages, l’usage de stupéfiants (usage récréatif ou dopant), les derniers voyages internationaux, et l’anamnèse sexuelle. Les réponses sont associées au sang donné, mais l’anonymat reste garanti. En France, cet interrogatoire est mené par un médecin. Depuis 2008, sauf pour les donneurs réguliers, un contrôle du taux d’hémoglobine est effectué avant le don. Il est fortement conseillé de bien manger et d’être bien en forme avant d’effectuer un don de sang. Dans le cas contraire, il est possible de souffrir d’un malaise vagal ou d’une baisse de tension. Cela est d’autant plus vrai lorsqu’un donneur donne pour la première fois et est stressé.
En France, le donneur doit être âgé :
de 18 à 70 ans pour un don de sang total (les dons de personnes de plus de 65 ans sont soumis à l’appréciation d’un médecin d’établissement pour chaque don)
de 18 à 65 ans (66e année exclu) pour un don de plasma,
de 18 à 65 ans (66e année exclu) pour un don de plaquettes,
de 18 à 50 ans pour un don de globules blancs.
La limite basse est aujourd’hui de 50 kilogrammes. La Loi interdit en effet de prélever plus de 8 ml par kilogramme, or le volume minimal d’un don est de 400 ml (8 (ml) × 50 (kg) = 400).
Sont automatiquement exclues :
- les homosexuels hommes (ou les personnes ayant eu des rapports sexuels entre hommes, quelle que soit leur ancienneté). La partenaire féminine d’un homme bisexuel se trouve aussi, de fait, exclue du don.
- les personnes pratiquant le multipartenariat sexuel.
- les personnes dont le partenaire sexuel est atteint d’une maladie grave.
- Les personnes prenant certains médicaments.
- Les personnes ayant subi une opération, un tatouage ou un piercing dans les quatre mois précédant le don du sang.
- Les personnes ayant subi, même depuis longtemps, une ou plusieurs transfusions ou une greffe d’organe.
- Les personnes revenant depuis moins de quatre mois de certaines zones où sévissent des maladies transmissibles par le sang (zones où sévit le paludisme, la maladie de Chagas, le West-Nile...).
- Les personnes ayant séjourné au moins un an dans les îles britanniques entre 1980 et 1996 (maladie de Creutzfeldt Jakob).
Don de moelle osseuse
Pour devenir donneur volontaire de moelle osseuse, il faut : · être en parfaite santé ; · avoir plus de 18 ans et moins de 51 ans lors de l’inscription, même si l’on peut ensuite donner jusqu’à 60 ans ; · accepter de répondre à un entretien médical sur ses antécédents médicaux et sur son mode de vie.
Les contre-indications principales au don de moelle osseuse
Affections cardiaques, hypertension artérielle, affections cancéreuses, affections métaboliques (diabète, insuffisance hépatique), traitements par anti-coagulants, affections neuromusculaires, certaines allergies...
L’inscription est réalisée à la suite d’un entretien médical avec un médecin d’un centre d’accueil hospitalier ou de l’Etablissement Français du Sang.
Le don : modalités pratiques
Pourquoi donner ?
Un engagement qui sauve des vies
Le don de soi est essentiel. C’est un véritable engagement qui vient du cœur.
Les accidentés de la route, les patients souffrant de maladies graves (leucémies, cancers), les hémophiles, sont directement concernés par le don de soi et souvent, leur survie en dépend.
C’est parce que le sang et la moelle ne peuvent pas être « fabriqués » artificiellement qu’ils sont irremplaçables.
Les principes éthiques du don de soi sont l’anonymat, le bénévolat, le volontariat, l’engagement du donneur et le non profit commercial.
Où donner ?
Sur le site internet de l’EFS www.dondusang.net , dans la rubrique où donner vous n’avez qu’à rentrer votre numéro de département et la carte vous indique les centres EFS les plus proches de chez et les informations (dates, lieux, horaires, etc…) sur les collectes mobiles. Généralement il existe au moins un EFS par CHU.
Le don de moelle se fait classiquement dans les EFS mais pour de plus amples renseignements vous pouvez consulter www.dondemoelleosseuse.fr
Comment se déroule le don ?
Un entretien médical préalable est obligatoire ! Vous êtes accueilli par une équipe médicale. Un entretien confidentiel avec un médecin vous permet de répondre à des questions très précises sur votre état de santé et votre mode de vie.
Puis le prélèvement est effectué dans des conditions strictes d’hygiène et de confort. Une collation vous est offerte et vous profitez d’un moment de repos une fois le don réalisé.
Pour le don de moelle la procédure est plus lourde : on peut très vite faire appel au donneur, un mois après l’inscription, mais aussi beaucoup plus tard, après plusieurs années. Et lorsque l’on appelle, c’est qu’un malade compte effectivement sur le don. Il n’est cependant jamais réalisé dans l’urgence mais se programme dans un délai moyen un mois. Le donneur aura donc le temps de s’organiser. Chaque jour, des médecins greffeurs consultent le Registre national pour chacun des malades ayant besoin d’une greffe.
Une fois la date du prélèvement fixée, le centre d’accueil organise avec le donneur une consultation pré anesthésique.
Tant pour sa santé que pour celle de ce malade, des examens cliniques et biologiques vont être pratiqués. Les médecins le questionneront également sur sa santé en général et sur ce qui, dans son mode de vie, influe sur elle.
La moelle osseuse est prélevée sous anesthésie générale par ponction dans les os du bassin.
Le volume du prélèvement est fonction du poids du donneur et de celui du malade.
Hormis les risques associés à toute forme d’anesthésie, le don de moelle osseuse est sans danger. L’établissement de santé prend bien évidemment en charge tous les frais.
Elle dépend de la volonté du donneur et du type du don. Évidemment, il n’est pas possible de donner chaque jour, et un laps de temps minimal est fixé entre les dons.
maximum de 6 dons par an pour un homme
maximum de 4 dons par an pour une femme
délai de 4 semaines entre deux dons successifs
maximum de 12 dons par an tous sexes confondus
maximum de 24 dons par an
Le nombre de dons tout type confondu doit être inférieur ou égal à 24 par an.
Les étudiants mobilisés !
Le Défi Don de Soi !
Le principe est un « challenge » entre les facultés volontaires
Les trois premières facultés qui récoltent le plus de promesses de dons gagnent des lots (kits pour les services de pédiatrie) offerts pas l’Association Laurette Fugain (partenaire de l’ANEMF).
Ce défi s’est déroulé du 17 octobre 2008 au 30 mars 2009 et ceci depuis plus de 6 ans !
Les objectifs sont variés pour les étudiants en médecine :
Les sensibiliser afin de les inciter à devenir donneurs .
Opérer une prise de conscience du rôle de prescripteur que nous aurons plus tard.
Et tout simplement être Solidaires !!!
La mise en place de ce défi est laissé au libre choix (et possibilités) de chaque représentant local. On a pu voir dans les facultés des stands avec des bénévoles motivés délivrant le message essentiel : « donner », à l’aide de brochures d’information sur le don de soi, parfois des vidéos ainsi que des affiches.
Certaines villes offrent même une collation. L’idéal est de jumeler ce stand d’information avec la venue d’une collecte mobile de l’EFS dans l’université.
L’édition 2009 qui vient de s’achever est encore une grande réussite avec plus de 15 UFR mobilisées, des milliers d’étudiants sensibilisés et plus de 4 000 dons (tous dons confondus) récoltés à l’échelle nationale.
Quel avenir pour le don de sang ? L’exemple du Royaume-Uni !
Le constat français n’est pas catastrophique mais il n’est pas bon pour autant : on estime un besoin de 10 000 nouveaux inscrits par an là où on en obtient à peine 8 000 !
Les étudiants en médecine du Royaume-Uni sont fortement mobilisés depuis bientôt dix ans autour d’un projet nommé « MARROW ». Ce projet vise à sensibiliser massivement les étudiants et le grand public sur la nécessité du don de moelle osseuse.
Au travers d’animation uniques et spectaculaires où des milliers d’étudiants sont mobilisés (manifestations, spectacles, défilés, tractage massif, etc…), ce projet a permis d’enregristrer près de 25% des inscrits sur le fichier national anglais des donneurs de moelle.
Le projet Marrow permet également de collecter chaque année près de 100 000 € pour soutenir les malades...
Au final le don de soi, bien que nécessaire, reste boudé des français que ce soit par peur des événements passés (sang contaminé, etc…), par désintérêt ou par méconnaissance.
Sensibiliser le public et les étudiants en médecine reste une priorité bien ancrée dans les principes de l’ANEMF. En 2009, le don de soi a été déclaré grande cause nationale, nous espérons qu’elle sera l’occasion d’un changement majeur des mentalités.
Paul-Henri Auboiroux – Vice Président en charge de la Santé Publique et de la Solidarité Locale de l’ANEMF
Florent Vincent – Chargé de Mission événements de l’ANEMF
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