Un petit pas dans la cour de l’Ethique
Il était temps,
Ca y est, on parle d’éthique à l’ANEMF ! Après une table ronde intitulée « Quelle Ethique en Solidarité ? » au week-end Solidarités et Santé Publique qui s’est tenu à Poitiers du 16 au 19 novembre dernier, recueillant près de 140 participants et recevant entre autres la visite du Pr Sicard, Président du Comité Consultatif National d’Ethique (CCNE), l’ANEMF a accepté l’invitation de ce même CCNE à participer à ses journées nationales et à intervenir dans ses débats... Ceci ouvre la voie à une plus grande implication des étudiants en médecine dans la réflexion éthique actuelle.
De nouvelles perspectives pour l’ANEMF ?
Voici l’avis du CCNE sur lequel nous nous sommes exprimés :
Avis sur le dépistage de la tuberculose et la vaccination par le BCG
Le Professeur Didier Houssin, Directeur Général de la Santé a sollicité le 11 janvier 2006 l’avis du CCNE à propos de plusieurs questions concernant une évolution de la politique de lutte contre la tuberculose :
- Suppression du caractère obligatoire de la vaccination des enfants par le BCG pour la réserver aux seules populations à risque.
- Dépistage systématique de la tuberculose par intra-dermo réaction à la tuberculine ciblé chez certains enfants en milieu scolaire.
- Dépistage systématique de la tuberculose par radiographie et intradermoréaction à la tuberculine, à l’embauche de toute personne amenée à travailler au contact d’enfants concernés par ce dépistage et la vaccination.
Voici le point de vue proposé par l’ANEMF au cours du débat :
1 Dans la même lignée que le CCNE, voire allant plus loin : dans une société qui classifie de plus en plus les individus, avec un communautarisme grandissant, il existe un danger profond de stigmatisation et culpabilisation de certaines classes sociales défavorisées.
2 Vue comme une contrainte, ceci ressemble plus à protéger la population « non ciblée » plutôt que de protéger la population « ciblée ». Autrement il aurait dû être question de cibler une certaine partie de la population en développant des moyens d’information sur l’importance de la vaccination, et non pas de libérer une partie privilégiée de la population d’une obligation vaccinale, tout en continuant d’obliger publiquement la brebis noire du troupeau à se faire vacciner.
3 Cette obligation vaccinale serait nominative, contrairement à une campagne d’information accrue qui s’adresse à une collectivité de manière globale, sans donc que chaque personne de cette collectivité ne se sente forcément personnellement « ciblée »
4 Bien qu’il soit actuellement commun de réprimer plutôt que d’informer et de responsabiliser, il apparaît dangereux d’appliquer une telle philosophie à la santé publique, d’autant plus qu’une obligation vaccinale pourrait dériver en délit si non respectée, ce qui serait donc payer pour ne pas avoir favorisé la santé collective au profit de son propre bien-être, or cela paraît contraire à une éthique médicale qui met la santé du patient au-dessus du bien-être des autres.
5 Dépister uniquement les enfants cibles ne serait que stigmatisation supplémentaire en signifiant que la tuberculose ne pourrait arriver que par eux, quel serait l’impact en cas de découverte de cas de tuberculose, quelle serait la culpabilisation induite ?
6 A l’heure où la médecine est attaquée en son cœur entre autres par des scandales juridiques, est-il vraiment recevable qu’elle outrepasse son rôle initial pour se donner la capacité de se faire juge ?
7 Des facteurs de risque liés au milieu social d’origine doivent-ils vraiment être considérés comme des facteurs de risque environnementaux comme les autres ?
8 Pour reprendre l’exemple du VIH et la stigmatisation à tort de la population homosexuelle, ne court-on pas le risque culpabiliser la population dite à risque tout en déresponsabilisant celle déterminée comme non ou moins à risque (comme la recrudescence de l’infection VIH dans la population hétérosexuelle non stigmatisée à l’origine)
9 Inquiets devant l’importance grandissante des paramètres économiques dans la pratique médicale, il paraît dangereux d’arrêter en partie ces vaccinations obligatoires sans préparation poussée préalable (cf. recrudescence de l’incidence de la coqueluche suite à l’arrêt du caractère obligatoire de sa vaccination), et il ne faudrait pas que la sélection de la population cible ne se fasse qu’à partir de données liées à l’étude des populations devrait être réalisée strictement au cas par cas. La médecine ne doit pas être un facteur limitant à l’intégration.
10 Il est d’autant plus inquiétant que du fait de ces considérations économiques, les autorités négligent leur responsabilité d’information et de système de santé de proximité (certes plus coûteux) au profit de mesures de limitations de soin généralisées.
11 Nous déplorons également que, du fait de l’hyper technisation de la médecine, soient négligés les facteurs psychologiques de culpabilisation liés aux infections, l’impression de punition qu’est le fait d’être infecté. Une telle mesure ciblée ne ferait que renforcer aux yeux du reste de la population la culpabilisation de cette partie ciblée de la communauté, d’où l’importance de du dépistage anonyme suite à une information efficace de qui montrerait son intérêt.
Les étudiants en médecine se sentent concernés par la marginalisation de l’éthique médicale, pourtant fondement de la médecine, aussi bien dans la politique nationale de santé publique comme l’objet de cet avis, mais également au sein de leurs propres études au cours desquelles ces questions et la réflexion éthique ne sont que très superficiellement abordées. Nous allons dans le sens de cet avis du CCNE, garde-fou des dérives potentielles du monde de la santé. Nous sommes conscients de certaines nécessités économiques comme dans le cas de la vaccination par le BCG, mais nous soutenons qu’elles ne doivent pas être satisfaites à n’importe quel prix, prix d’une médecine qui sera notre vie.
Pour l’Association Nationale des Etudiants en Médecine de France (ANEMF), Son Vice-Président, Tristan PASCART
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